Adrianna Diaz

Original research, non-peer reviewed, you are welcome to comment/contact me.


Pourquoi l'application COVID-Alert n'est pas un succès.

23 Novembre 2020

Ma réponse aux articles que je vois défiler qui donnent des louanges à l'application de COVID-Alert de Shopify, je vois des élus et des citoyens et qui proposent une obligation de l'installer ! 🤯

J'avais suivi de près mais d'une manière passive et peripherique le débat des masques ou «couvre-visages» et ils feront l'objet d'une analyse ici sous peu. Alors je vois un certain parallèle...

L'application de traçage "du fédéral" comme on la connait au Québec, n’a pas été adoptée par tous avec enthousiasme ni elle a pu être imposée par nos gouvernements, car nos programmeurs et chercheurs se sont chicanés, on n’a jamais créé une vraie alliance pour concevoir une application «canadienne».

Des répresentants de Shopify et de BlackBerry, sûrement des lobbyistes très talenteux, toutes les deux basées à Ottawa, ont fait un accord derrière des portes closes avec le gouvernement fédéral , et ici à Montréal ce fut la guerre. Je ne serais pas surprise qu’à Toronto leurs universités et startups aussi se sont indignées.

Bon, c’est ça le problème comme on dit en espagnol aux eaux tourbes du fleuve, c’est le gain des pêcheurs!

Les programmeurs citoyens et employés de diverses compagnies de technologie auraient dû mettre de côté leurs différences et écrire ensemble une application de traçage Open Source sur GitHub.

Des étudiants de cégep sont capables de faire ça en quelques jours. Je n'ai pas de screenshot a vous montrer mais quand on voit des screenshots de l'application finale, ça a l'air d'une simple maquette.

On n'écrit pas une application COVID parce qu’on se dit que si on n’a pas de mandat officiel et officieux personne va l’installer.

Ou personne va utiliser notre ventilateur COVID, car la même chose s’est produite pour les fameux ventilateurs: il y a eu des groupes universitaires qui ont rapidement proposé des prototypes, mais on a la réponse, ce n’est pas comme ça que ce monde fonctionne.

Bien sûr, on a donné le contrat des ventilateurs à CAE une grosse compagnie qui fait surtout des simulateurs de vol

Si l’application de traçage avait été ouverte, libre et gratuite, dans ce cas j’aurais été la première à l’installer. Autrement un code écrit par une grosse compagnie qui se trouve en conflit d’intérêt, qui utilise Bluetooth et nécessite une mise à jour du système d’exploitation du téléphone je me méfie énormément.

Déjà la pandémie a été la manne pour Shopify, car précisément leur produit phare est une plateforme de vente en ligne qui est imbriquée dans les sites des PMEs. Et tristement pour les commerces fermés pendant le confinement ce printemps et celui qui s’en vient cet hiver, ce fut et ce sera leur seul espoir, cette plateforme, de vendre un peu leurs produits.

D’ailleurs le Panier Bleu au Québec qui a été annoncé par notre PM François Legault le 5 avril et lancé finalement à la mi octobre, a été une réalisation de Lightspeed, une compagnie basée à Montréal concurrente à Shopify ! Et ce contrat a été accordé « gré à gré » alors ici au Québec on fait les choses pareil, d’autres se sont sentis lésés par ce contrat. Et encore, on aurait pu avoir la chance d’écrire en gang sur Github une plateforme open source de vente en ligne, pour donner de l’autonomie aux commerces d’ici.

Car le vrai problème c’est que toutes ces compagnies de plateforme comme Square, UberEats, Shopify, Lightspeed et d’autres elles prennent une grosse cut, de jusqu’à 30% dans le cas de Uber. 🧛‍♂️


Pourquoi l'application COVID-Alerte ne fonctionne pas.

22 Novembre 2020

J’ai étudié un baccalauréat en génie électrique avec une spécialisation dans l’instrumentation électronique, au Mexique à partir de 2002. Par la suite 12 ans après j’ai entamé un baccalauréat en génie logiciel à Concordia, et en troisième année on a essayé en équipe de faire une application de cartographie pour aider les nouveaux étudiants naviguer leur nouveau campus universitaire. Arek et moi (lui avait étudié un bacc en sciences avant…) on a pris le défi d'écrire un morceau de code pour faire l’interaction avec le module de Wifi du téléphone, soit l'antenne.

On voulait faire un sorte de “radar” pour repérer les bornes Wifi fixes, déjà installées partout dans les édifices du campus, à l'intérieur et à l'exterieur, dont on avait visuellement une idée de leur présence physique… Et ainsi avoir une idée précise de l’emplacement en temps réel de l’utilisateur à l’intérieur des édifices. Le Wifi et le Bluetooth ce sont des specifications faites toutes les deux à des fréquences de 2.4GHz et ont une bonne tendance de rebondir un peu des murs intérieurs et de pouvoir aussi passer à travers certains murs de plâtre.

Aussi l’antenne du récepteur sur le téléphone est une antenne omnidirectionnelle dont on pouvait obtenir (avec un certain délai, et certainement pas en continu) une lecture de la puissance du signal détecté. On avait misé sur cette lecture de puissance pour faire notre “radar" mais étant donnée qu’elle était omnidirectionnelle on ne savait jamais d’où est-ce qu’elle venait, et avec les rebondissements, les lectures étaient plutôt instables et ainsi totalement inutilisables… on ne pouvait pas demander au système de nous donner des lectures pas plus qu’à chaque 10 secondes. Mon experience me disait qu’il fallait être capables de prendre des multiples lectures par seconde et faire un traitement de signal (au minimum un filtre lowpass) pour éviter les lectures qui s’écartaient trop...

On est revenus à voir comment ce problème avait été résolu en 1940… pour détecter les avions des allemands...

La solution est une antenne qui se met à faire des rotations en continu. Alors c’est une antenna UNIDIRECTIONNELLE qui fait un balayage…

Bref, notre idée n’a pas marché et on s’est résigné à juste afficher une carte du campus sans pouvoir detecter la position de l’utilisateur. Même le fameux GPS ne fonctionnait pas à l’intérieur (évidemment) mais même sur le trottoir au centre-ville avec ses hauts édifices les signaux des trois satellites GPS, entravés et rebondissants étaient INUTILES pour déterminer une position fiable. Souvent notre GPS se trompait carrément d’ÉDIFICE.

Alors que Google et Apple ont fait un “partenariat” (du jamais vu!) pour le Contact Tracing de la COVID-19, s’il vous plait!

Aucun détail de la consommation de batterie, ils se centrent sur le protocole de communication, l’encryptage et les bienfaits que c’est anonyme ! Mais un détail fourni attire mon attention

The scanning strategy that works best is opportunistic (leveraging existing wakes and scan windows) and with minimum periodic sampling every 5 minutes.

La loi 101 ne s’applique pas en cas d'une urgence mondiale.

Leur taux d’échantillonnage est de 5 minutes, ça veut dire qu'il vérifie aux 5 minutes “si vous êtes en proximité de quelqu’un qui aurait l’application COVID”

Il est tellement inutile, car un “contact risqué” peut se faire en bien moins que 5 minutes.

Je t'invite à lire le concept de la fréquence de Nyquist, mais si tu me permets, je vais te l’expliquer,

C’est un peu comme avoir un gardien de sécurité qui regarde la télé à haut volume et qui aux 5 minutes ferme sa télé et lève les yeux pour regarder quelques secondes si la couronne royale sur un coussin dans la vitrine est toujours là !

Ensuite il se retourne vers son petit appareil télé et le rallume pendant 5 minutes !

Est-ce qu’il va rattraper un voleur qui prend moins de 1 minute à faire son cambriolage ? Nyquist nous dit que cela depend surtout de la durée de l’événement qu’on veut témoigner, si ce voleur prend plus que 2.5 minutes en moyenne, le taux de capture commence à monter considérablement ou autrement il faut monter la fréquence d’échantillonnage (faut que le garde regarde plus souvent!) si cela ne prend que quelques secondes pour que le voleur enlève la couronne…

Alors pourquoi on a choisi 5 minutes ?

Sans avoir vu leur code, et peu de gens ont vu ce code, je soupçonne que c’est parce que le fait de faire ces vérifications est très gourmande en batterie. Ils ne voudraient surtout pas que les utilisateurs se rendent compte que leur téléphone dont la batterie durait 10 heures auparavant, avant l’installation de l’application, dure maintenant 4 heures, la mauvaise publicité de l’application serait catastrophique.

Voilà la raison technique, c’est qu’il ne fonctionne pas: avec Bluetooth on n’a pas une idée precise de la proximité, on a juste une idée floue et sporadique d’une puissance de signal, pas de la distance ni de la direction. L’application COVID-Alert est un placebo. On pourrait également dire cela du masque, dans le fond.

Voici la raison éthique.

Ça prend un téléphone assez récent pour être capable d'installer l’application COVID Alerte et les gens qui n’ont pas de tels appareils, j’en connais quelques uns, d’un certain âge (mon cher mari et ainsi que Pierre, 78 ans, qui a été à notre mariage) qui n’ont pas de tels appareils. Dans son couple c’est juste son épouse qui aurait un iPhone 6S de 2015 et je ne suis pas certaine qu’aujourd'hui cet appareil a toutes les mises à jour qui lui permettraient d’installer cette application. L’imposer sans en fournir les appareils n’est pas acceptable.

La nécessite d’avoir un téléphone récent n’est pas pour des raisons techniques, mais commerciales, les fabricants d’appareils de ce monde - Apple, Huawei, Samsung, Google pour vendre des nouveaux appareils à des clients existants, car en 2020 tout le monde a déjà un téléphone “intelligent”, il faut créer le besoin de qu’ils mettent à niveau leurs appareils, que les consommateurs sentent que leurs appareils existants sont désuets et inadéquats, car les mises à jour de logiciel rendent inexorablement le matériel de plus en plus lent

Aussi pour l’application COVID Alert, Apple a modifié le système d’exploitation ce printemps pour habiliter les lectures de la puissance Bluetooth, Arek et moi savions en 2017 qu’Apple ne permettait pas la lecture de la puissance de ces signaux par leur API ! On avait alors juste essayé sur Android.

Ça prend la version 13.5 d’iOS qui est sortie ce printemps, qui est seulement compatible avec un iPhone 6S de 2015 ou ultérieur.

Ça ne prend pas un grand philosophe comme Voltaire pour prédire ce qui peut se passer quand on réussira à l'imposer, il suffit d’être attentifs à ce qui arrive ailleurs…

Il pourrait bien devenir un passeport imposé à l’intérieur du territoire canadien.